Réinventer le financement des mouvements féministes en Afrique : Au-delà de la Survie, vers des mouvements durables
Partout en Afrique, les organisations féministes mènent certaines des actions les plus transformatrices du continent. Elles soutiennent les victimes de violences, défendent les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, font entendre les voix marginalisées, remettent en cause les systèmes qui continuent d’exclure les femmes et les filles, et réinventent des économies solidaires alternatives et durables qui respectent l’intégrité écologique et la dignité. Pourtant, malgré leur impact, nombre de ces organisations fonctionnent avec des budgets fragiles, des cycles de financement incertains et des espaces civiques qui se rétrécissent.
Elles soutiennent les sociétés grâce à un travail de soins non rémunéré et en tant que premières intervenantes en cas de conflit ou de catastrophe.
Les réalités actuelles ont été au cœur de deux webinaires organisés récemment par FEMNET, qui ont réuni des dirigeantes féministes, des militantes et des bailleurs de fonds de tout le continent afin de réfléchir sur la mobilisation des ressources, la pérennité et l’avenir du financement féministe en Afrique. Une question urgente a dominé les discussions : comment les mouvements féministes peuvent-ils assurer leur pérennité dans des contextes où les ressources se font de plus en plus rares? Pour de nombreuses organisations, l’incertitude financière n’est pas une notion abstraite, mais une réalité profondément personnelle. Une organisation locale dirigée par des femmes, située dans l’est de la République démocratique du Congo et venant en aide aux survivantes de violences liées au conflit, ne sait peut-être pas si elle pourra poursuivre ses activités au-delà des prochains mois. Partout sur le continent, de nombreuses organisations doivent constamment trouver un équilibre entre les besoins urgents des communautés et un soutien financier limité. Comme le souligne Memory Kachambwa, directrice exécutive de FEMNET, les organisations féministes ne se contentent pas de faire durer des ressources limitées : elles maintiennent la cohésion des communautés. Elles transforment leurs maisons en refuges, prennent en charge le coût des services essentiels et fournissent d’innombrables heures de conseil et de soins, tout en accomplissant un travail que les États et les institutions omettent régulièrement de financer, de reconnaître, voire de voir.
Au cours des webinaires, Mary Mwangi, responsable de la mobilisation des ressources chez FEMNET, a souligné qu’il ne suffisait plus de compter uniquement sur les financements traditionnels des bailleurs de fonds. Elle a encouragé les organisations à diversifier leurs approches en explorant la philanthropie communautaire, les dons locaux, les partenariats responsables avec le secteur privé, le financement participatif, les dons prélevés sur salaire et d’autres modèles créatifs de collecte de fonds. Cette évolution se manifeste déjà de différentes manières à travers l’Afrique. Au Kenya, certaines organisations féministes renforcent les communautés locales de donateurs grâce à des initiatives de dons mensuels. Au Nigeria, les militants ont de plus en plus recours à la collecte de fonds en ligne lors de situations d’urgence et de manifestations civiques. En Afrique du Sud, des collectifs féministes expérimentent les espaces de travail partagés et la collecte de fonds collaborative afin de réduire les coûts tout en renforçant la solidarité.

