Cheminons Vers La Resilience et Les Solutions
1996 J’avais 4 ans. La guerre est entrée dans ma maison. Je ne comprenais rien aux discours politiques. Je comprenais les bruits. Le bruit sec des armes qui a coupé net une matinée de jeux. Le dos de mon père, qui m’a soulevée et a couru vers le quartier Himbi. La nuit passée à s’abriter, à attendre, à compter les absents. Ma mère nous a rejoint plus tard. Au matin, il a fallu partir à Virunga dans la maison de notre grand-père Et sur la route, j’ai reçu la leçon la plus violente de ma vie : Des corps sans vie. Partout. Des hommes, des femmes, des enfants, du bétail.
La guerre ne trie pas. Mais les hommes, eux, triaient. Avec une seule phrase : “Uko jeshi ama raiya ?” Soldat ou civil ? À Goma, beaucoup ne maîtrisaient pas le piège de ce swahili si raffiné. À cause d’un accent, à cause de la peur, beaucoup n’ont pas eu le temps de répondre. 30 ans plus tard, je m’en souviens encore. Comme si c’était hier. Comme si c’était le jour 1. Le jour où l’AFDL n’était que le début. Et où nos maux se sont ancrés dans les conséquences de cette guerre.
30 ANS APRÈS : LES MÊMES MAUX, D’AUTRES VISAGES Aujourd’hui, la guerre n’a plus besoin de poser de question. “Uko jeshi ama raiya” n’existe plus. Les rebelles ont compris où frapper pour détruire un peuple : Ils s’attaquent à la structure même de la société congolaise. La femme. De nos jours, les femmes et les filles sont violées pendant les conflits. Utilisées comme arme de guerre. Les femmes enceintes sont éventrées. Les petits enfants sont égorgés. Des villages entiers sont brûlés. Sans raison. Sans cible. Un Congolais innocent meurt sur sa propre terre. Sans comprendre l’origine de ces conflits. Sans maîtriser les aboutissements de cette guerre générationnelle qui a commencé en 1996. De Himbi à aujourd’hui, la méthode a changé. L’objectif est resté le même : briser.
Cheminons Vers La Resilience et Les Solutions
En 30 ans, les discours n’ont pas manqué. Des dialogues nationaux. Des accords de paix. La pénalisation des violences sexuelles. Des milliards injectés pour la consolidation de la paix à l’Est. Des programmes. Des ONG. Des résolutions. Des marches d’activistes pour dénoncer cette guerre. Mais la citoyenne congolaise, elle, veut autre chose. Elle veut vivre en paix avec ses enfants dans son village.
Aller au champ sans avoir peur d’être violée. Dormir chez elle. Pas dans un camp de déplacés, entassé avec des milliers d’autres, dans des huttes et des conditions humanitaires déplorables. Le jeune de Goma, lui, veut jouir de son environnement. Marcher la nuit sans avoir peur d’être fouetté à mort. Rire, étudier, construire. Sans la peur. Ce que nous demandons n’est pas compliqué : la paix. Pas la paix des discours. La paix du quotidien.
En 1996, j’avais 4 ans et j’ai couru vers Himbi. Aujourd’hui, je marche. Je parle. J’écris. Parce que se taire, c’est laisser la guerre gagner une deuxième fois. Nos maux sont ancrés, oui. Mais nos racines le sont aussi. Et tant que nos racines tiendront, la société congolaise se relèvera. L’AFDL n’était que le début de nos souffrances. Qu’elle ne soit pas le début de notre résignation.
