ARTICLE 14 : DROITS À LA SANTÉ ET À LA REPRODUCTION Thème : Mon corps n’est pas un champ de bataille
Quand on parle de droits, c’est très important pour nous, les jeunes filles et les femmes africaines.
L’article 14 fait partie du Protocole de Maputo, un accord adopté par les pays africains, dont le Tchad. Adopté en 2003 par l’Union africaine et entré en vigueur en 2005, le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, communément appelé Protocole de Maputo, est un instrument juridique international novateur. En son sein, l’article 14 revêt une importance capitale puisqu’il est spécifiquement consacré au droit à la santé et au contrôle des fonctions de reproduction. Il constitue une avancée juridique majeure pour les femmes.
La préservation de la vie et la réduction de la mortalité maternelle sont essentielles. L’accès à des soins de santé maternelle adéquats et à des services d’avortement sécurisés permet de réduire considérablement les décès liés aux complications de grossesse ou aux avortements clandestins et dangereux. C’est une question de survie pour de nombreuses femmes et jeunes filles.
Les droits reproductifs sont également au fondement de l’égalité de genre et de l’autonomisation des femmes. Une femme qui ne peut pas contrôler sa fécondité et planifier ses grossesses est souvent limitée dans ses choix éducatifs et professionnels. Pouvoir décider d’avoir ou non des enfants permet aux femmes de poursuivre des études, d’intégrer le marché du travail et d’atteindre une véritable autonomie financière.
Le bien-être global et la dignité humaine comptent aussi. Permettre aux individus de mener une vie sexuelle sûre et épanouie, exempte de violence et de discrimination, est une composante essentielle de la dignité humaine. L’information et l’éducation, notamment pour les adolescents, constituent des outils de prévention puissants contre les grossesses précoces ou non désirées.
Exemple concret : au Tchad, la mortalité maternelle reste élevée. Le Tchad a signé le Protocole, mais sur le terrain, l’application de l’article 14 reste difficile :
Il manque des centres de santé dans les villages.
Il manque des médicaments et des sages-femmes.
Beaucoup de personnes ne connaissent pas cette loi.
Les sujets de la contraception et de l’avortement restent tabous.
En ce sens, chaque femme et chaque fille a des droits :
Le droit à l’information. Chaque fille a le droit de comprendre les changements de son corps pendant une grossesse, de savoir comment éviter une grossesse non désirée et comment se protéger contre les infections.
Le droit aux soins de santé. Chaque femme a le droit de se soigner. Le but est qu’aucune femme ne meure en donnant la vie.
Le droit de décider. Une femme a le droit de choisir et d’utiliser des contraceptifs. Elle a aussi droit à un avortement dans les cas prévus, notamment en cas de viol ou d’inceste, ou lorsque la grossesse met en danger sa santé mentale ou physique. Forcer une femme à porter une grossesse dangereuse, c’est mettre sa vie et sa santé en danger.
Le droit à la protection. L’article 14 s’oppose aux pratiques néfastes, notamment les mutilations génitales et les mariages forcés de filles mineures.
POURQUOI DIT-ON « MON CORPS N’EST PAS UN CHAMP DE BATAILLE » ?
Parce qu’aujourd’hui encore, de nombreuses femmes et filles subissent des attaques et des violences partout dans le monde. Elles sont victimes et marginalisées. Surtout pendant les conflits et les guerres, le viol est utilisé comme une arme. Après ces violences, des filles peuvent être abandonnées avec des grossesses non désirées. Dire « mon corps n’est pas un champ de bataille », c’est revendiquer le droit inaliénable à l’autonomie corporelle contre l’objectification, les violences sexuelles, particulièrement en temps de guerre, et toute ingérence politique ou médicale dans la vie des femmes.
L’article 14 dit que chaque femme a le droit de contrôler sa santé et son corps. L’État doit protéger ce droit. Ce n’est pas une faveur. C’est la loi.
Les États signataires doivent garantir aux femmes plusieurs droits fondamentaux : le contrôle de la fécondité, l’accès à la planification familiale, l’accès aux soins de santé et la protection contre les pratiques néfastes.
Recommandations :
Mettre davantage de moyens dans la santé et construire plus de centres de santé pour les femmes en milieu rural, notamment dans les villages.
Former davantage de professionnels de santé qualifiés pour prendre en charge les besoins des femmes.
Rendre les soins plus abordables pour les femmes enceintes.
Mettre à disposition les médicaments et produits essentiels, notamment les contraceptifs.
Organiser davantage de campagnes de sensibilisation afin que les femmes et les filles connaissent l’article 14 du Protocole de Maputo et les droits qu’il garantit en matière de santé, y compris la santé sexuelle et reproductive.
En résumé, l’article 14 transforme le principe « Mon corps n’est pas un champ de bataille » en une garantie juridique concrète. Il donne à chaque femme le droit de disposer de son propre corps, de se protéger contre les abus et de faire ses propres choix médicaux sans subir de pression ou de violence.
